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ENTRETIEN :L’UN DES DERNIERS MAÎTRES FABRCANTS DE RIBAB

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ENTRETIEN :L’UN DES DERNIERS MAÎTRES FABRCANTS DE RIBAB

ENTRETIEN

AVEC L’UN DES DERNIERS MAÎTRES FABRICANTS DE RIBAB OUMZIL BRAHIM AMNTAG

-Abdallah Aourik: – Ssi Brahim Amntag,   azul, je vous ai trouvé aujourd’hui à votre nouvelle adresse

Vos anciens voisins près de la synagogue m’ont dit que vous avez déménagé. Je voulais vous demander si vous accepteriez de nous parler de vous et de votre beau métier ?

-Brahim Amntag: – Oumzil Brahim Amntag est mon vrai nom,  Brahim Amntag est mon nom d’artiste musicien. Je suis né à Imntagen en 1951 à Imoulas, je suis marié depuis 1971.

-A. A.: – Depuis quand avez-vous installé un atelier à Inezggan  ? Et pourquoi avez-vous déménagé de votre premier atelier ?

-B. A. : – J’ai occupé un local pendant longtemps, il était déjà connu dans les années de 1957 par les anciens Rouaïs, Ahmed Amntag, Raïs Amrrakchi, Ouahrouch, Saïd Achtouk qui s’y rencontraient souvent.

En 1986 je l’ai occupé avec Brahim Achtouk, nous habitions ensemble. Mais lorsqu’ils ont détruit l’école El Fadila (école de Monsieur Dauba), les autorités nous ont dit que cet endroit était inhabitable alors ils ont fermé notre local.

-A.A.: – Il y a combien de temps qu’on vous a délogés ?

-B. A.: – Cela fait 2 ans.

-A. A.: – On vous a donné ce nouveau magasin ?

-B. A.: – Non,  on ne m’a rien donné.

-A. A.: – Donc, on vous a donné l’ordre de déménager sans vous loger ailleurs !

-B. A.:- Oui, on nous a juste dit de partir, et nous avons quitté, je pense aussi que le propriétaire y est pour quelque chose, il a aussi aidé les autorités caïdales et le conseil communal à me faire quitter le local qui se trouvait du côté de la rue d’Agadir.

-A. A.: -Le Ministère de la culture et le syndicat des musiciens n’ont rien fait pour vous aider ?

-B. A.: -Je dois vous dire que nous n’avons demandé quoi que ce soit à personne, je suis venu ici à la rue Aït Melloul où j’ai loué ce local qui est devenu mon atelier.

-A. A.:- Dans cet atelier, je vois un tas d’instruments de musique, ribab, loutar, c’est vous qui les fabriquez ?

-B.A.: – Oui naturellement.

-A.A.: – Quel genre de bois utilisez-vous pour fabriquer un ribab, pouvez-vous nous expliquer les différentes parties du ribab?

-B.A.: – Tout dépend de la commande de celui qui désire acheter un ribab, avec quel genre de bois. En ce moment je travaille avec le bois du noyer qu’un client a commandé. Il y a des rouaïs qui viennent ici ou qui me téléphonent pour commander un ribab. Je n’achète ni vend des instruments comme dans un magasin d’instruments de musique. Je suis un fabricant et ne vend que mes créations. Donc je travaille avec l’iroko et le noyer, l’iroko  est solide comme le noyer mais donne plus de beauté. Je ne fabrique pas d’articles artisanaux qu’on trouve chez les bazaristes, mais bien une qualité de ribab pour les musiciens professionnels.

A. A.: – Je vois du crin de cheval enroulé, accroché à votre mur, utilisez-vous encore cette matière pour réaliser l’archet. ?

-B. A.: – Autrefois on n’utilisait que le crin, mais lorsqu’on s’est rendu compte que le fil de nylon était plus résistant, on a abandonné le crin. Le fil de nylon résiste de six mois à un an, tandis que le crin, au bout de 15 jours il se  casse déjà.

-A. A.: –  Ce fil de nylon est-il comme celui de la pêche ?

-B. A.: – Non c’est un nylon spécial comme celui qu’on utilise en broderie, il existe en plusieurs marques de différentes qualités.

-A. A.: – Je vois ce cordon blanc au milieu du ribab, est-ce en nylon?

-B. A:.- Oui celui-là est en nylon, il y a le blanc et le noir. Le ribab se compose de “llune”, “ljam”, “tahnnat”, “ tart ddaour” et “takhourst”, toutes ces parties créent le rythme du ribab. Sur le bois, certain rouaïs attachent des pièces décoratives en argent, en ivoire, en cuivre et aluminium. Moi je grave les dessins sur le bois et j’applique une plaque en métal sur laquelle sont gravés mes cordonnées : nom adresse, n° de téléphone etc…

-A. A.: – J’ai déjà constaté que certain musiciens jouent avec des ribabs électriques, qu’en pensez-vous ?

-B. A.- Entre le ribab électrique et le traditionnel il y a une grande différence, comme il y a une grande différence entre « tallunt » en cuir et « tallunt » en plastique. Tallunt en cuir et ce genre de ribab que je suis en train de fabriquer sont des instruments à sons vivants. Ceux en plastique ne rendent pas un son vivant. Le cuir est vivant, il a une âme, comme ganga, comme ribab, comme loutar, comme “santir”, les sons de tous ces instruments se sentent dans le cœur, ce n’est pas comme le son électrique. Tallunt en plastique et autres instruments électriques sont utilisés quand il fait froid, comme les musiciens qui vont à l’étranger, là ils n’ont pas un endroit pour chauffer tallunt ou ribab. Le travail que je suis en train de faire en ce moment, très peu de gens en connaissent le secret, car je fais beaucoup de recherches, notamment les pratiques que  faisaient les anciens musiciens avec le cuire en différentes saisons. En hiver et en été les pratiques ne sont pas les mêmes : en hiver, ils étalaient le cuir, en été ils faisaient “agiwal n alla” pour tallunt ou ribab ; lorsqu’il fait chaud, le son s’ajuste sans difficulté. Si on étale le cuir en été, on est obligé de le mouiller chaque fois.

-A.A.: – Donc chaque chose en son temps.

-B. A.: – Comme chaque pays a sa saison d’été, on appelle “Chergui” le temps des dates, par exemple à Ida Oumhmoud, le temps du noyer, le temps des oliviers, on dit Dmnat.

-A. A.: – Est-ce que vous jouez encore du ribab avec d’autres rouaïs ? Vous m’avez dit que vous alliez donner un concert au complexe culturel d’Aït Melloul,  c’est à quelle date ?

-B. A.:- Au 3ème festival du ribab organisé par l’association du ribab qui aura  lieu au C.C.A.M. les 28, 29 et 30 novembre 2018

-A. A.- Qui sera à l’affiche avec vous ?

-B. A.: – Je ne sais pas encore quels sont les autres rouaïs, je n’ai pas encore demandé au président de l’association Monsieur Mohamed El Khattabi.  Pendant 18 ans j’ai joué  avec beaucoup de groupes,comme Lhaj Lhoucine Amntag,  Moulay Brahim Amsgguin, Ahmed Amsgguin, Saïd Achtouk, Br. Achtouk…

-A. A.: – Quand avez-vous commencé à vous intéresser à la musique et à jouer du ribab?

-B. A:.- Dans notre enfance, on était branchés par le son, par le rythme, on l’avait dans le sang, on allait à chaque mariage ou spectacle d’ahouach. Ensuite, on a formé un groupe au village et, de là, on est  entré vraiment dans le métier, nous avons joué  dans des mariages, dans des fêtes et dans des cirques.

-A. A.: – Avez-vous déjà joué au festival «  Timitar » ?

-B. A: .- Non je n’ai jamais participé.

-A. A.: – Ils ne vous ont jamais appelé ?

-B. A: .- Ils ne m’ont jamais appelé et je ne l’ai  jamais demandé.

-A. A.: – Avez-vous déjà joué avec Fatima Tabaamrant?

-B. A: .- Oui j’ai eu le plaisir de l’accompagner dans sa troupe au cours des rencontres organisées  par Taïri n ouakal à Tiznit.  Et une fois elle m’avait demandé de lui choisir un grand ribab. Et je lui ai fabriqué un grand ribab qui se joue debout comme une contrebasse,

-A. A.: – Pouvez-vous m’en montrer un ?

-B. A: – Oui, vous le voyez devant vous, c’est celui qu’elle m’avait commandé, mais elle n’est jamais venue le prendre. Je lui ai déjà fabriqué un grand qui lui ressemble, mais elle l’a donné à un groupe amazighe américain, “Taza”

-A. A: .- Il y a quelques années, j’ai peint un tableau de Raïssa Mbarka, il y a même une photo d’elle au musée amazighe d’Agadir. Que diriez-vous de cette raïssa, il parait qu’elle était l’une des premières femmes à jouer du ribab?

-B. A.: – Je ne l’ai pas connue mais je sais que la photo de raïssa Mbarka Bousslam, exposée au musée municipal n’est pas la vraie raïssa, ils se sont trompés de photo. La photo du musée est celle de Raïssa Fadma Talmaâdrt, ils ont même dit qu’elle était Fatima Tamamount…

Raïssa Talmaâdrt est la plus grande raïssa, elle est même dans un timbre. Quand à Raïssa Mbarka il y a 3 ans qu’elle est décédée.

Il y avait un grand nombre de raïssas, comme Tiggouglitine,  Fatima Belaïd, Sfia Oultelouat…

-A. A: – J’avais lu un article qui disait que le ribab était un instrument joué autrefois uniquement par les femmes, est-ce vrai ?

-B. A.: – En effet, Talmaâdrt était la plus ancienne, il y en avait aussi à Marrakech comme Fattouma Talggouricht, Khddouj Taourikt et Raïssa Abadda qui a créé son groupe. Toutes ces raïssas étaient des raïssas d’El Glaoui.

-A. A.: – Même Raïs Lhaj Belaïd s’était produit chez El Glaoui ?

-B. A.: – Raïs Lhaj Belaïd se produisait chez plusieurs caïds, d’ailleurs il ne jouait que chez eux.

-A. A.: – Parfois, il jouait dans des souks, je me souviens qu’il avait joué au souk d’Agadir à l’époque coloniale. Hélas, on ne voit plus ces rouaïs depuis le tremblement de terre, tout a disparu, même le charme du souk n’est plus le même.

-B. A.: – Avant, j’habitais à Agadir, à Boutchakkat, mon oncle m’y avait amené. Je n’avais que 7 ans lorsque j’ai quitté à la veille du tremblement de terre.

 -A. A.: – Merci beaucoup pour cet entretien Monsieur Brahim Amntag.

Propos recueillis et traduction de Tamazight par Abdallah Aourik

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